dimanche 29 décembre 2013

Il ne faut pas laisser le monopole du datamining aux multinationales !

Dans Paradis sur mesure, Bernard Werber abordait le « concept » futuriste ou SF de guerre des marques. Un récit aussi savoureux qu’étrange raconte une véritable guerre entre entreprises dont les armées et les organisations se sont substituées aux Etats, sur terre et dans l’espace. Une bataille qui oppose Microsoft contre Apple et Nokia est gagnée par ces derniers grâce à leurs brouilleurs dans le cadre d’un combat cyberélectronique… Comme je l’abordais sur AGS, il y a maintenant presque 5 ans, nous assistons à une remise en cause de l’Etat dans sa forme westphalienne. L’affaire PRISM et les cris d’orfraies qui ont fait suite à l’adoption de la loi de programmation militaire (LPM) montrent que la légitimité de l’Etat est contestée par des citoyens ou des entreprises. C'est à mon sens une nouvelle tentative, pour se refaire une image à bon compte, de la part d'entreprises malmenées par les révélations Snowden. Elles regardent la paille dans les yeux (et les oreilles) de l'Etat pour détourner le grand public de la poutre dans les leurs !

Il faut donc regarder avec un peu de recul la véritable campagne de lobbying de certains grands de l’Internet, en décembre 2013. Quelques commentaires qui n'engagent que moi :
  • Certains grands de l’Internet semblent avoir à se faire pardonner auprès d’une partie de leurs clients, à la suite des révélations Snowden sur leur coopération avec la NSA ;
  • Leur volonté de coopérer aujourd’hui avec des services européens semble moins les intéresser que la coopération avec la NSA ou quelques renoncements avec des pays non démocratiques ;
  • Les données fournies par les Internautes sont traitées pour fournir de la pub et des services dits gratuits – au passage, ils font des choses vraiment bien. Quand cela semble gratuit, c’est que vos données personnelles sont le produit à valeur ajouté.  Si c'est gratuit, c'est vous le produit !
  • Les interceptions de sécurité sont certes bordées par la loi et elles ont également un cout. Ce qui est demandé aux sociétés de l’Internet par la loi de programmation militaire (LPM) sera nettement moins lucratif pour elles...
  • La confiance absolue qui est donnée par certains à ces entreprises dont le but est de faire toujours plus d’argent, avec peu d’encadrement national, serait plus légitime que celle à donner par la loi aux services de renseignement et de police, encadrés par des contrepouvoirs.
  • Par peur d’un peu d’Etat, certains n’hésitent pas à soutenir, de fait, le culte du profit (jouant de la naïveté des clients). L’Etat démocratique protège pourtant les citoyens, les multinationales du web protègent d’abord leurs actionnaires ! Soyons clairs...
  • Facebook ou Verizon représentent chacun le PIB du Vietnam, Microsoft, celui du Danemark et Google, celui de l’Afrique du sud. Si l’on prend la capitalisation des groupes représentés dans l’ASIC, en pointe dans la lutte contre l’article 13 de la LPM, la somme représente un peu moins que le PIB de la Corée du sud… Et alors ? Pour elles (certaines plus puissantes que beaucoup d'Etats), les données ont une valeur et cela doit rester au privé.

Finalement, on peut se demander si les grandes sociétés des télécommunications et de l’informatique ne sont pas les "Compagnies des Indes" du 21ème siècle, dans le cyberespace. En tout cas, les demandes de données des Etats pour protéger ses citoyens sont bien plus légitimes que la surveillance (datamining) des grands de l’Internet pour amasser encore plus d’argent. Personnellement, je mettrai toujours la sécurité de mes concitoyens, assumée par l’Etat, devant les intérêts propres du profit de quelques-uns, quand les deux sont en opposition de principe. La souveraineté doit passer avant l'argent...

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