dimanche 3 mars 2013

Technocratie, innéisme et théorisme : la mort médiatique de la stratégie

Les conflits armés sont l’occasion de voir se succéder sur les plateaux TV, au moins depuis la guerre du Golfe de 1991, un ensemble « d’experts » où le pire côtoie le meilleur, où la fable remplace parfois les faits, où l’occupation du temps remplace finalement la véritable expertise. La guerre du Mali n’y échappe pas. 


Il me semble que cela menace les fondements intellectuels et pratiques de la stratégie, la bradant non au plus offrant mais au plus médiatique. Il ne s’agit pas de critiquer ceux qui apportent une réelle plus-value à la connaissance du plus grand nombre, voire à leur portefeuille mais de critiquer ceux qui surfent sur un besoin médiatique (remplir l’antenne) sans pour autant avoir le fond sur le sujet. La stratégie en tant que discipline est ainsi dévalorisée. D’aucun me dira qu’il n’y a pas de diplôme de stratégie militaire. Il en existe de très officiels et de très bon niveau, renseignez-vous ! Le diplôme ne suffisant pas, la pratique reste tout aussi nécessaire sur un sujet.
La stratégie vise, pour simplifier, à mettre en adéquation les fins, les moyens et les voies. Or, il apparait qu’au moins trois types de biais d’analyse sont visibles dans les plateaux d’experts (en boucle). Ceci donne alors trois catégories de stratégistes du dimanche qui ont sûrement d’autres immenses qualités mais pas celle là : les technocrates, les innéistes et les théoristes.
Les technocrates (ceux qui limitent le tout à leur savoir) confondent les fins et les voies, ces dernières devenant les voies. Les innéistes (ceux qui sont plus malins que tout le monde), réagissent comme s’ils connaissaient tout de manière innée et donc l’étude des voies ne sert que peu puisque finalement, elle est connue de ceux qui s’estiment baignés de science infuse. Finalement, les théoristes - néologisme qui désigne ceux qui fondent leur théorie sur d’autres théories et jamais sur la pratique – ne sont pas les plus inintéressants intellectuellement mais certainement les plus inutiles au plan pratique. L’art uniquement pour l’art… La réalité des moyens n'a aucune importance ! 
Certains maîtres de l’expertise développent ces trois biais ce qui ne les empêche pas d’entrer dans le débat. Je ne me prête pas au jeu des noms dans le billet (et dans les éventuels commentaires) mais vous en connaissez dont on se demande quand ils mènent leurs recherches tellement ils écument les plateaux. De plus, il serait parfois bon d’exposer ce qu’ils ont réellement fait sur le sujet avant de les faire intervenir.
Le problème de cette "expertise" aléatoire, au-delà des erreurs et approximations diffusées au plus grand nombre, est qu'elle dévalorise la stratégie voire la tactique en tant que disciplines. Je propose donc de rester sur des bases saines à la télévision durant les conflits : ne faire parler les experts que quand ils ont réellement quelque chose de nouveau à dire et s’il faut tenir l’audience, d’interroger plus largement les gens compétents sur le sujet. Sinon, n’oublions pas qu’il reste une solution simple : éteindre la télé !

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