dimanche 30 décembre 2012

Cyberoffensive dans l'exercice Velayat 91


La marine iranienne aurait intégré un exercice de cyberdéfense dans son exercice (en cours) Velayat 91.  Ce qui est intéressant, c'est que la cyberdéfense est travaillée dans le cadre d'un exercice de plus grande ampleur. Il ne s'agit pas de cyber envisagé uniquement contre le cyber. Au passage, cela permet de dire au monde que l'Iran dispose de capacités offensives et qu'il développe des softs pour "contrecarrer" l'attaque. Ceci constitue sans doute un nouvel épisode de la dialectique dissuasive entre l'Iran  et les Etats-Unis.

(c) US DoD
Le porte-parole des manœuvres spécialisées "Velayat 91"de la marine iranienne a fait part du test réussi de la guerre cybernétique active, effectuée, lors des manœuvres. L’amiral Amir Rastegari a indiqué, samedi soir, lors d’une interview avec l’agence d’information internationale Tasnim, que l’exercice de la guerre cybernétique active a eu lieu, pour la première fois, et avec succès, lors des manœuvres "Velayat 91".  «Dans cette simulation de guerre cybernétique, des hackers de la force attaquante pénétraient les réseaux de leur cible d’attaque, alors que le groupe cybernétique des forces navales de l’armée iranienne, qui s’était informé de cette pénétration, a contrecarré l’attaque, avec ses soft-wares nationaux», a-t-il précisé, ajoutant qu’au deuxième jour des manœuvres "Velayat 91", l’opération des forces de l’armée iranienne, face aux forces assaillantes fictives, a été effectuée, avec succès, tandis que le sous-marin «Tareq» chassait les unités assaillantes.  Lire l'article sur IRIB.



91 correspond à l'année 1391 du calendrier persan.

L'arme absolue ? le dossier EMP d'AGS suite (3/3)

La suite et la fin du dossier EMP sur AGS

(c) US Navy

Billet 6 : Une attaque EMP contre l’Iran ? Pas si vite… par Zone d'intérêt
En septembre dernier Le Monde.fr et l’AFP se faisaient l’écho d’un article publié par un organe de presse israélien, dont l’auteur invitait à utiliser une attaque EMP de grande ampleur pour détruire le programme de recherche nucléaire iranien. L’auteur de l’article, Joe Tuzara, présentait la possibilité pour Israël d’employer un missile balistique Jericho III emportant une charge nucléaire pour déclencher une impulsion électromagnétique à haute altitude au-dessus de l’Iran et ainsi endommager les systèmes électroniques employés dans le cadre de son programme nucléaire expérimental. Lire la suite.

Billet 7 : Cyber-électromagnétisme : la difficile frontière par EGEA

Ce billet, un des derniers de notre thème du mois sur les EMP, cherche à démontrer qu’il y a une incontestable confluence entre l’espace électromagnétique et le cyberespace. Pourtant, ils ne sauraient être confondus. L’espace EM a d’abord été utilisé pour ses ondes, et leur capacité à transporter de l’information. Lire la suite. 

mercredi 26 décembre 2012

L'arme absolue ? le dossier EMP d'AGS suite (2/3)

La suite du dossier EMP dont je vous parlais vendredi dernier. Après des premiers billets traitant de l'existant, les derniers billets nous amènent dans la prospective avec brio... et ce n'est pas terminé !

(c) NASA

Billet 3 : « HANDs up », satellites ! Ou comment mettre à bas la puissance spatiale par Guilhem Penent :
Pour les puissances dépendantes des systèmes spatiaux, le scénario décrit par la Commission Rumsfeld en 2001 a tout du cauchemar. Il suppose qu’un « État voyou » nucléarisé, comme la Corée du Nord, celle-là même qui la semaine passée a réussi pour la première fois à placer un satellite en orbite à l’aide de sa fusée Unha-3, puisse un jour se sentir à ce point menacé qu’il soit prêt à opter pour une attaque indirecte de type HAND – « High Altitude Nuclear Detonation », explosion nucléaire à haute altitude. Prenons donc de la hauteur, disons l’orbite basse et au-delà, et étudions de plus près cette question…

Billet 4 : Cinétique et non-cinétique : ce que sera (peut-être) la cyberguerre par Si vis pacem :
“We have to understand better the electromagnetic spectrum. Cyber, our radar and communication, everything. If you control the electromagnetic spectrum, you control the fight”. [1] Contrôler le spectre électromagnétique serait donc devenu le saint Graal des forces armées américaines. Partant de cette hypothèse, cet article se demande, à travers un scénario fictif, quelle pourrait être la réaction de la Maison Blanche face à une cyberattaque dont les conséquences, sur l’une de ses infrastructures critiques, seraient majeures ? Lire la suite.

Billet  5 : La nouvelle frégate Gloire : entre cuirasse et armes électromagnétiques par Marquis de Seignelay :
Les armes à énergie dirigée promettent quelques applications pratiques très intéressantes en matière de combat naval. Un article publié simultanément sur le Fauteuil de Colbert tente de présenter une remise en perspective du combat naval où la question posée est : couler le navire adverse est-il l’objectif ? La tentative de réponse oscille entre le « il a fallu attendre que ce soit possible techniquement » à « politiquement ce n’est pas forcément souhaitable ». Bien entendu, une perspective aussi sommaire ne peut qu’être insatisfaisante. Lire la suite.

mardi 25 décembre 2012

La fin de la civilisation : Une seconde après l'EMP.


"Une seconde après" est un ouvrage de William R. Forstchen qui traite de la destruction systémique de la société américaine (la fin du monde ?) et plus largement du pays sur ses bases actuelles, à la suite d'une attaque nucléaire. Une attaque nucléaire asymétrique est la base de ce scénario apocalyptique. Trois bombes atomique tirées au-dessus des Etats-Unis induisent un effet électromagnétique (IEM) qui détruit toute l'électronique. Et, l'électronique est presque partout : voitures, médias, télécommunications terrestres et par satellite, matériel de santé, matériel de navigation, régulation des transports, régulation de l'énergie. En quelques secondes, la société revient à un stade de développement compris entre le néolithique et le début du XXème siècle !

vendredi 21 décembre 2012

L'arme absolue ? le dossier EMP d'AGS

L'alliance géostratégique renoue avec des publications thématiques. Il s'agit  cette fois de l'usage des armes électromagnétiques dans la guerre. 

Introduction par Si vis pacem :
L’année 2012 est en train de s’achever. Elle vit même, peut-être,  ses dernières heures ! Dix jours avant le 31 décembre ! Plus sérieusement, l’Alliance géostratégique vous propose de passer les fêtes en sa compagnie et de la meilleure manière : être avec les siens, profiter des agapes, faire une pause bien méritée tout en continuant à nourrir les neurones ! Lire la suite.

Billet 1 : Electromagnétisme : cela sert aussi à faire la guerre

L’usage de l’électromagnétisme dans la guerre est courant depuis qu’il existe. Le but de ce court billet est de présenter une typologie de l’usage de l’électromagnétisme dans la guerre. Historiquement, il existe deux moyens principaux de transmettre des ordres à distance : l’acoustique (la voix) et l’électromagnétisme. Le second domaine domine maintenant les champs de bataille. Lire la suite.


Billet 2 :  Une seconde après l’EMP : la fin de la civilisation !
« Une seconde après » est un ouvrage de William R. Forstchen qui traite de la destruction systémique de la société américaine (la fin du monde ?) et plus largement du pays sur ses bases actuelles, à la suite d’une attaque nucléaire. Une attaque nucléaire asymétrique est la base de ce scénario apocalyptique. Trois bombes atomique tirées au-dessus des Etats-Unis induisent un effet électromagnétique (IEM) qui détruit toute l’électronique. Et, l’électronique est presque partout : voitures, médias, télécommunications terrestres et par satellite, matériel de santé, matériel de navigation, régulation des transports, régulation de l’énergie. En quelques secondes, la société revient à un stade de développement compris entre le néolithique et le début du XXème siècle ! Lire la suite.

Bonne lecture et à demain, après la fin du monde...

dimanche 16 décembre 2012

Fin d'un monde ? Vers une fracture d'Internet entre le "monde libre" et les autres...

Après deux semaines de tractations ouvertes à Dubaï, le 14 décembre 2012, un nouveau traité international sur les télécommunications a été signé sous l'égide de l'UIT, la plus vieille organisation internationale, actuellement rattachée à l'ONU. La France n'a pas signé ce traité qui entérine la division du cyberespace, entre "le monde libre" et les autres...




Ci-dessous une partie du communiqué de presse de l'UIT que vous pourrez lire dans son intégralité avec l'accès à des ressources intéressantes :
Dubaï, le 14 décembre 2012 – Au terme de deux semaines de négociations intenses, les délégués venus du monde entier ont adopté un nouveau traité international qui contribuera à ouvrir la voie vers un monde hyper-connecté dans lequel tout un chacun, où qu'il soit, profitera de la puissance des technologies de l'information et de la communication (TIC).
Plus de 2 000 délégués étaient inscrits à la Conférence, organisée par l'UIT à la demande de ses 193 Etats Membres en vue de renégocier leRèglement des télécommunications internationales (RTI), traité international ayant force obligatoire conçu pour faciliter l'interconnexion et l'interopérabilité des services d'information et de communication dans le monde, leur fonctionnement efficace et leur large disponibilité pour le public.
Ce traité expose les principes généraux qui garantissent la libre circulation des informations dans le monde. Le texte contient de nouvelles dispositions qui mettent tout particulièrement en avant les mesures qui seront prises pour aider les pays en développement, promouvoir l'accessibilité pour les personnes handicapées et garantir, pour tous les peuples, le droit à la liberté d'expression sur les réseaux TIC.
Au nombre des autres dispositions novatrices, une Résolution vise à établir un numéro unique harmonisé à l'échelle mondiale pour l'accès aux services d'urgence, un nouveau texte impose plus de transparence en ce qui concerne les prix de l'itinérance mobile et de nouvelles dispositions visent à améliorer l'efficacité énergétique des réseaux TIC et à contribuer à réduire les déchets d'équipements électriques et électroniques.
Des questions très sensibles ont donné lieu à de longues discussions à la Conférence: la sécurité des réseaux, les contenus non sollicités envoyés en masse comme le spam par courrier électronique, la définition de ce qu'est une entité fournissant des services au sens du traité, le principe d'accès non discriminatoire des pays aux réseaux des autres pays et l'opportunité de faire mention de la liberté d'expression dans le Préambule du traité.
Jeudi, le Président M. Mohamed Nasser Al-Ghanim (Emirats arabes unis) est parvenu à faire sortir la Conférence de ce qui semblait alors être une impasse, après que les discussions qui s'étaient poursuivies tard dans la nuit le mercredi 12 n'avaient pas permis d'avancer sur les tous derniers points d'achoppement. Revenant en séance jeudi soir après une reprise tendue des négociations plus tôt dans la journée, M. Al‑Ghanim a présenté un nouveau document regroupant tous les textes de compromis acceptés, qui avaient été négociés de haute lutte, section par section, au cours des deux semaines précédentes par la Commission 5, les groupes ad hoc et les groupes informels.
Le Secrétaire général de l'UIT, le Dr Hamadoun Touré, a qualifié la signature du traité cet après-midi de "tournant et occasion historique d'offrir une connectivité aux deux tiers de la population mondiale qui n'est toujours pas connectée."
S'adressant aux délégués rassemblés à la cérémonie de clôture cet après-midi, il a déclaré: "En vous remémorant aujourd'hui ces très longues journées passées à travailler d'arrache pied, vous pouvez marcher la tête haute, fiers de ne pas avoir cédé à l'adversité et d'avoir accompli votre mission." Il a ajouté qu'il regrettait que certains pays aient refusé jusqu'à maintenant de ratifier le traité et espérait que l'UIT continuerait à travailler de façon constructive avec ces nations pour bâtir l'avenir.
Le Dr Touré a rendu hommage à M. Al-Ghanim pour la manière remarquable dont il a assuré la présidence de la Conférence et la réussite dont il a fait preuve pour arbitrer des discussions souvent difficiles en lui remettant la Médaille d'or de l'UIT, la plus haute distinction de l'organisation. "M. Al-Ghanim a joué un rôle crucial dans les travaux de la Conférence. Il est parvenu à garder son calme et son sang-froid tout au long des journées et des nuits que nous avons passées à travailler ensemble et il a incarné de surcroît l'une des valeurs fondamentales de l'UIT, à savoir la recherche du consensus général", a déclaré le Dr Touré.
M. Al-Ghanim a évoqué l'immense défi que représente la révision de ce traité adopté il y a 24 ans pour faire en sorte qu'il soit pertinent pour les générations futures d'utilisateurs des TIC, dans un environnement des TIC extrêmement novateur et de plus en plus mondialisé et concurrentiel.
"Nous sommes venus à cette Conférence avec des vues très divergentes. La situation du marché est très différente d'un pays à l'autre, mais nous comprenons tous à quel point les TIC seront déterminantes pour le développement social et économique dans les différents pays. Même si nous ne sommes pas arrivés à un consensus universel, je suis persuadé que nous avons néanmoins fait un grand pas en avant en parvenant à un accord aussi large, et je suis sûr que ce nouveau RTI ouvrira la voie à un environnement meilleur, mieux connecté et plus équitable pour tous."
Parmi les conférences habilitées à conclure des traités, la CMTI-12 a été l'une des plus ouvertes jamais tenues, avec une diffusion en direct et en différé sur le web et un sous-titrage en anglais de toutes les séances de la commission chargée des questions de fond (Commission 5 – Examen) et les séances plénières de la Conférence. La Conférence a suscité un intérêt médiatique fort et a fait l'objet d'un point médias chaque jour, accessible via la plate-forme Adobe Connect.
Que dire de ce traité :
L'article 1 d'introduction reste somme toute classique.
L'article 2 nous offre des définitions classiques mais qui méritent d'être rappelées sur ce que sont les télécommunications d'Etat ou de service, par exemple.
L'article 3 traite de la qualité de service du réseau international.
L'article 4 parle des services internationaux de télécoms et notamment d'itinérance, bien développée depuis le dernier traité.
L'article 5 traite de la sécurité de la vie humaine et de la priorité des télécommunications, en particulier des numéros d'urgence. Les pays s'engagent à empêcher la propagation des communications non sollicitées envoyées en masse (spams, DOS, DDOS, etc.). Ceci ouvre la porte à la censure étatique sur les réseaux et au contrôle étatique de masse de ceux-ci. Ceci implique qu'un pays qui ne respecterait pas cette clause lors de transit de données de masse pourrait être considéré comme coopérant et en subir des conséquences (non décrites dans le traité) au plan international. La question du transit de données visant à contribuer à un usage guerrier n'est pas clairement abordé, notamment pour les parties neutres à un conflit. L'Etat A attaque l'Etat C via l'Etat B, dans le cadre d'une agression. L'Etat B qui aurait signé ce traité est-il neutre s'il laisse transiter les données ?
L'article 6 aborde les problèmes de tarification.
L'article 7 est controversé. Il s'agit de la suspension et la reprise des services qui doit être déclaré par l'Etat en question à l'UIT. Celle-ci diffuse aux autres Etats cette information. Ceci autorise chaque Etat, partie contractante, à faire ce qu'il veut sur les réseaux (nationaux ou non) présents sur son territoire avec pour seule contrepartie une simple déclaration. Les conséquences commerciales et politiques de cet article sont non négligeables.
L'article 8 traite de la diffusion d'information par l'UIT. Le 8A, non contraignant, incite les membres à l'efficacité énergétique et au traitement des déchets et le 8B est sur l'accès des handicapés aux télécoms. 
L'article 9 présente les dispositions particulières et dérogatoires.
L'article 10 précise que le traité entrera en vigueur au 1er janvier 2015 (pour les Etats signataires au nombre de 89 actuellement sur 193) et que les réserves d'un Etat n'oblige pas les autres Etats.
En définitive ce traité montre un certain retour de la souveraineté des Etats sur les réseaux, du contrôle des réseaux par les Etats et un affaiblissement de la gouvernance internationale (actuellement dominée par les Etats-Unis et leurs alliés de la zone atlantique nord principalement). La liste des réserve montre le retour en force du politique dans la gestion des réseaux. Finalement, n'est-ce pas un retour d'une certaine guerre froide d'un nouveau genre sur les réseaux entre le monde libre (ou libéral ?) et des puissances plus ou moins autoritaires ? L'avenir le dira.
Pour finir sur une note plus optimiste, quelques statistiques sur les réseaux :

samedi 8 décembre 2012

13 décembre : Café stratégique avec Patricia Allemonière, reporter de guerre

•••••••••• Jeudi 13 décembre ••••••••••
de 19h à 21h

Notre 20e Café stratégique recevra Patricia Allemonière,
 grand Reporter, chef du service Etranger-Défense de TF1 et LCI .

 
Venez écouter, débattre, questionner…

______ 
Café Le Concorde, 239 boulevard Saint-Germain, 
75007 Paris métro Assemblée nationale
Prochain café stratégique : jeudi 10 janvier 2013.

jeudi 6 décembre 2012

RDN en décembre : un numéro spécial renseignement

La Revue défense nationale termine l'année avec un numéro spécial renseignement. Beaucoup d'articles intéressants sur ce sujet qui sera sans doute à l'honneur dans le futur Livre blanc. A lire une recension sur les 36 stratagèmes de la guerre électronique


dimanche 2 décembre 2012

Excellent 2S : Austerlitz une grande victoire !

Un très court billet pour souhaiter un excellent 2S aux Cyrards, Français ou étrangers, où qu'ils se trouvent dans le monde, en école, dans leur garnison ou en opérations, dans la vie civile ou en poste à l'étranger.
Les Saint-cyriens fêtent tous les ans l'anniversaire de la bataille d'Austerlitz (2 décembre 1805), une grande victoire française, peut-être la plus brillante de notre histoire.


Alors pas de repentance et de mauvais débats sur le rôle de Napoléon dans les colonies, pas de polémiques sur le Premier consul qui solde l'héritage de la révolution en se faisant sacrer empereur des Français, comme pour l'inexistant anniversaire des 200 ans d’Austerlitz, juste le souvenir de la France débout face à une imposante coalition de puissances ! 
En définitive, excellent 2S !

Lire le message de la Saint-Cyrienne.

Sur Twitter #2S pour la journée.

dimanche 25 novembre 2012

Forum international de cybersécurité de Lille - 2013

Vous l'avez aimé, il revient. Je signale le site du FIC2013 (english). Le site est bien fait et je vous conseille de le visiter et éventuellement de vous inscrire pour le forum. En tout cas, j'ai prévu de m'y rendre. L'endroit où il faut être l'an prochain en début d'année (28-29 janvier) pour échanger sur la cybersécurité...





samedi 24 novembre 2012

Une chaire de cyberdéfense à Saint-Cyr

Une petite vidéo sur le "pourquoi" et "comment" de la chaire de cyberdéfense de Saint-Cyr.


Lire le communiqué sur BFM  et sur le site de Saint-Cyr.

vendredi 23 novembre 2012

« Quelles perspectives pour les drones militaires ? » : colloque du 3 décembre

Colloque Club Participation et Progrès

« Quelles perspectives pour les drones militaires ? »

Palais Bourbon
126 rue de l’Université -  75007 PARIS

le 3 décembre 2012 
à 9h
                                                                                                                 
En partenariat avec Air&Cosmos, l'Ecole de guerre économique et la Revue défense nationale 


Sous le parrainage de Jacques MYARD, Député des Yvelines

*
9h-    Accueil par Pierre PASCALLON Président du club Participation et Progrès

Introduction générale par Jean-Christophe DAMAISON D’ARES, auteur de : « Drones : acteurs incontournables de notre avenir ? »


1ère PARTIE : Les besoins actuels et futurs des Armées en matière de drones militaires Animateur-Modérateur : Christian HARBULOT, Directeur de l’Ecole de Guerre économique.

I-  FRANCE

-  « Drones et stratégie ancienne »
par Jérôme de LESPINOIS : chargé de conférences à l’EPHE, membre de l’Académie de l’Air et de l’Espace.

-  « Renseignement et combat : deux missions pour les drones de l’Armée de l’Air de demain »
par le Lieutenant Colonel Virginie BOUQUET.  Etat Major de l’Armée de l’Air. Bureau Plans.

-  « Les drones Armée de Terre »  (titre provisoire)
par le Colonel Aymeric BONNEMAISON. Etat Major de l’Armée de Terre. Plans.

-  « Les drones tactiques en appui des opérations terrestres »
par le Colonel Gilles RANDREAU Commandant le 61è Régiment d’Artillerie (Régiment de drones et d’imagerie de l’Armée de Terre).

-  « Le drone naval tactique »
par le Capitaine de Frégate Vincent CHEVALIER Officier correspondant d’Etat Major CMI.

II-  ETRANGER

- “Apaches and drones in the US Army : Manned-Unmanned cooperation on the Battlefield”
par le Lieutenant Colonel Robert WILLIS US Embassy Paris (sous réserve).

- “La vision israélienne sur l’avenir des drones militaires”
 par le Colonel Yehuda LAHAV Attaché auprès de l’Ambassade d’Israël Paris.

14 h


2ème PARTIE : Les réponses industrielles françaises en européennes (à court et moyen terme) en matière de drones militaires
Animateur-Modérateur : Guillaume LECOMPTE-BOINET Rédacteur en Chef d’Air et Cosmos.

-   « Une coopération franco-britannique réussie en matière de drone : WATCHKEEPER »
par Jean-Noël STOCK Vice-Président du Domaine « Drones surveillance et renseignements ». Directeur de l’Etablissement de Pessac. THALES SYSTEMES AEROPORTES.

-  « Retour d’expériences pour les drones tactiques et perspectives »
 par Patrick DURIEUX Directeur Commercial. Drones et aérosurveillance. SAGEM.

-  « Perspectives industrielles des drones en Europe »
par Patrick OSWALD Directeur Grands Comptes pour la France. CASSIDIAN

-  « Une feuille de route pour l’industrie française et européenne des drones militaires » par Bertrand SLASKI Consultant Senior Défense et Sécurité CEIS

-  « Les nouveaux drones demain. Drones de reconnaissance futurs. L’option hypersonique »
par Laurent SERRE Responsable des programmes hypersoniques ONERA.


CONCLUSION GENERALE

Quel avenir au final pour les drones militaires à l’horizon 2025-2030 ?

-  « Apports et limites en longue période des drones militaires »
par Catherine FARGEON Conseil Général de l’Armement (sous réserve)

-  « Drones : pourquoi ne décollent-ils pas ? »
par le GCA (2S) Michel ASENCIO Chercheur associé à la FRS. Ingénieur-Consultant en technologies nouvelles


Pour s'inscrire avant le 28 novembre.

samedi 17 novembre 2012

Parution d'Introduction à la cyberstratégie (O. Kempf)

Je signale avant de la commenter dans une recension le livre "Introduction à la cyberstratégie" d'Olivier Kempf, animateur d'EGEA. Je le conseille vivement car j'ai eu la chance de le lire avant sa publication. Ce n'est ni un livre de SSI, ni un livre de télécommunications, ni un livre sur les dernières attaques à la mode dans les médias, il s'agit d'un livre francophone de stratégie appliquée au cyber. Cette originalité mérite quelques heures de lecture pour poursuivre un débat commencé par Stratégies dans le cyberespace déjà avec Olivier, suivi par d'autres ouvrages que je dois commenter comme l'excellent Cyberstratégie, l'art de la guerre numérique, de Bertrand Boyer.
Bonne lecture !

Présentation de l'éditeur :

Le cyberespace nous environne et régit  nos vies, au  moyen  bien sûr de l’Internet, mais aussi de tous les systèmes de télécommunication ou des réseaux (bancaires, médicaux, énergétiques, ...). Il nécessite une stratégie propre, la  cyberstratégie.
La cyberstratégie est la partie de la stratégie propre au cyberespace, considéré comme un espace conflictuel où s’opposent, avec des techniques et des intentions variables, des acteurs différents (états, groupes, individus).
Ce livre expose les grands fondements de cette cyberstratégie : à partir des caractéristiques du cyberespace, il analyse les facteurs stratégiques (lieu, temps et acteurs) et leurs conséquences, avant de s’interroger sur les dispositifs stratégiques (le couple offensive/défensive, la cyberdissuasion, la géopolitique du cyberespace).
Premier ouvrage analysant en profondeur cette nouvelle discipline, il permet d’appréhender clairement ce nouvel espace stratégique.
Format : 15,5 x 24,0 cm
ISBN : 978-2-7178-6527-1

samedi 10 novembre 2012

11 novembre : Bleuet et Chemins de la mémoire

1/ Un court billet pour vous rappeler que si vous croisez quelqu'un voulant vous vendre un bleuet, ne prenez pas peur.  Au contraire, achetez lui un bleuet et portez-le !

Voici ce dont il s'agit :
"L’histoire de la création du Bleuet de France débute, au sortir de la Première Guerre mondiale, à l’Institution Nationale des Invalides.
Aux origines du Bleuet de France, deux femmes de leur temps à l’écoute des souffrances de leurs contemporains : Charlotte Malleterre (fille du commandant de l’Hôtel national des Invalides) et Suzanne Leenhardt, toutes deux infirmières au sein de l’Institution et qui souhaitaient venir en aide aux mutilés de la Première Guerre en créant dès 1925 un atelier pour les pensionnaires des Invalides dans lequel ils confectionnaient des fleurs de  Bleuet en tissu pour  reprendre goût à la vie et subvenir en partie à leurs besoins par la vente de ces fleurs." Lire la suite sur le site officiel.

2/ Vous  pouvez consulter aussi le site Mémoire des hommes et contribuer à référencer les lieux de mémoire dans vos communes sur les chemins de la Mémoire. Cela fonctionne bien et il reste beaucoup de travail ! Monsieur ou Madame le maire, votre monument au mort est-il référencé ? Monsieur, Madame, le monument aux morts où est écrit le nom d'un membre de votre famille ou d'un camarade est-il référencé ? 
Comment ? Prenez une photo et remplissez ce formulaire : durée 5 min et cela fonctionne.

N'hésitez pas à partager l'information sur les réseaux sociaux, c'est pour la bonne cause.

David Petraeus : la chute d'un véritable héros américain

Dans la nuit, nous apprenons la démission de David Petraeus, directeur de la CIA jusqu'à hier. La raison donnée par l'intéressé dans un communiqué aux employés de la centrale est son manquement à son rôle de mari et de chef. Cette démission a été acceptée par le président Obama qui a rendu hommage à l’intéressé et a nommé son successeur Michael Morell dans un communiqué laconique. Service minimum pour un adieu aux armes (déjà formellement effectué en 2011) ou au service de l'Etat d'un héros de l'Amérique! 

(c) Maison blanche

Il a reçu des messages de soutien rappelant son action au profit des Etats-Unis :
  • Sénateur McCain, ancien candidat républicain à la présidence
  • Sénateur Warner, du comité sur le renseignement
  • Représentant King, du comité de sécurité intérieur de la chambre des représentants.
  • Sénatrice Feinstein, du comité de renseignement du Sénat
  • etc.
Sur le fond (obscure) de l'affaire et sans posture morale, quelques questions restent en suspend :
  • cette démission tombe juste après l’élection présidentielle et avant l'audition du général Petraeus par la Commission du renseignement, dans le cadre de l'attaque du consulat de Benghazi le 11 septembre dernier. Est-ce un hasard ou une volonté de ne pas interférer avec le rendez-vous démocratique, dans un contexte déjà troublé par les dégâts de l'ouragan Sandy ?
  • l'adultère n'est pas un motif de démission d'un président américain (Affaire Clinton - Lewinsky) qui plus est démocrate. Pourquoi faire partir le directeur de la CIA pour ce motif ? Est-ce en raison du passé militaire de Petraeus et d'un devoir implicite de suivre le code de bonne conduite des officiers (pas de comportement immoral) ?
  • une aventure extraconjugale (avec sa biographe ?) n'est pas forcément synonyme de démission à la CIA, sauf en cas de compromission potentielle.  Quelle est cette faute en tant que chef à laquelle fait allusion Petraeus ? Morale ou autre ?
  • un militaire a été remplacé par un civil à la tête de la CIA et provenant du sérail. Est-ce une volonté de limiter le rôle des militaires dans l'Etat (l'antimilitarisme n'existe pas qu'en France) et ce avant les coupes budgétaires à venir ?
(c) US Army

L'armée de terre américaine avait déjà "perdu" l'un de ses plus grand généraux de l'histoire qui a mené au combat les corps expéditionnaires en Irak et en Afghanistan, en mettant en application la doctrine de COIN fm-3.24 qu'il avait promu. Les Etats-Unis perdent un grand serviteur, dont sa nomination à la tête de la CIA en 2011 avait été considérée par des commentateurs comme une neutralisation politique en vue des présidentielles de novembre 2016. La France perd un officier francophile au sein de la Défense américaine (commandeur de la Légion d'honneur et ici). 
L'histoire dira sans doute pourquoi ce grand homme est tombé politiquement ce 9 novembre 2012 ! 
Respectfully yours

Lire aussi sur Défense et sécurité.

lundi 5 novembre 2012

Mexique : narco, terro, guerre police ! 8 novembre 2011

Cela ne vaut pas une soirée à Playa del Carmen, question fun, mais bien une excellente soirée au Concorde, question stimulation intellectuelle. Venez nombreux découvrir cette lutte à mort (ou presque) entre l'Etat fédéral (à divers degrés entre les polices, l'armée de terre et la marine) et les narcos en tous genres.

•••••••••• Jeudi 8 novembre ••••••••••
Notre 19e Café stratégique recevra Marion Trovo-Harlay, analyste au cabinet Risk&Co, spécialiste du Mexique, le jeudi 8 novembre 2012, de 19 à 21h.
Venez écouter, débattre, questionner…
 Café Le Concorde, 239 boulevard Saint-Germain, 75007 Paris métro Assemblée nationale
Prochaines dates : jeudi 13 décembre 2012, jeudi 10 janvier 2013.

Sur le Mexique sur LS : ici et ici

mercredi 24 octobre 2012

Blog à découvrir : Géopolitique et Enjeux Stratégiques du Cyberespace

Comme les lecteurs habituels le savent, je m'intéresse "un peu" au cyber (ici, ici et ici). Aujourd'hui, un billet très court pour vous faire découvrir Géopolitique et Enjeux Stratégiques du Cyberespace. Ce blog qui a moins de 6 mois est prometteur, c'est pourquoi je vous suggère d'aller le parcourir régulièrement. Pour ma part, je l'ajoute dans mon blogroll. A découvrir !

(c) US Gov


dimanche 21 octobre 2012

Les Mongols et le renseignement : guerre du Kharezm


En 1218, l’empire Khwarezm[1] est dirigé par le sultan Ala ad-Din Muhammad. Cet État puissant s’étend sur l’Afghanistan, le Turkménistan et l’Iran actuels. Il se compose d’environ 20 millions d’habitants[2], principalement turcs, iraniens, afghans et arabes, répartis sur 3 millions de km2. Les deux villes de Boukhara et de Samarkand étaient parmi les plus grandes et les plus prospères villes du monde médiéval. Cet empire est toutefois de constitution récente (1194) et sous la domination du pouvoir d’un « maître improvisé », issu d’une famille régnante divisée. Il est doté d’une armée de mercenaires recrutés au hasard[3]. Il va disparaître sous les coups de son puissant voisin l’empire mongol.

L’échec de la diplomatie

Pendant l’été 1218, Gengis Khan décide d’établir des relations commerciales et politiques correctes avec son nouveau voisin, depuis qu’il a conquis l’empire Kara Khitaï. D’ailleurs, selon René Grousset, il avait toujours voulu entretenir de bons rapports avec les Khwârezmiens. « Dès 1216, recevant près de Pékin une ambassade du sultan Mohammed, il avait déclaré que l’empire mongol et l’empire khwârezmien, ayant des sphères d’action bien distinctes — au premier l’Asie orientale, au second l’Asie occidentale, — devaient vivre en paix et favoriser entre eux les échanges commerciaux[4]»
Le sultan Muhammad accueille parfaitement la caravane mongole mais Inaltchiq, le gouverneur d’Otrar, une ville frontalière, la maltraite : une centaine de ses membres furent exécutés et les richesses pillées. Il fait passer les mongols pour des espions en les accusant de se renseigner sur des objets non commerciaux. Affecté, Gengis Khan demande réparation. Le sultan n’accède pas à sa demande et fait tuer Bagra, l’émissaire mongol[5]. N’obtenant pas de réparations, Gengis Khan prépare la guerre et concentre son armée durant l’été 1219 sur le haut Irtych, sur le versant sud de l’Altaï, près des sources de l’Irtych et de l’Ouroungou[6]. Pourtant déjà en guerre à cette époque contre la dynastie Jin, régnant en Chine du Nord, il regroupe 150 000 à 200 000 hommes.
Face à lui le Sultan Muhammad dispose d’une armée bien plus nombreuse[7] mais beaucoup moins disciplinée et avec un « état-major » beaucoup moins cohérent. Son armée est massée derrière le Syr-Darya, limite septentrionale de l’empire, dispersée en ligne le long du fleuve, et déployée à l’est, vers la trouée du Ferghana. Le reste des troupes est enfermé, selon un dispositif fixe et rigide, dans les garnisons de la Transoxiane, comme Boukhara et Samarkand, ou du Khwarezm, comme dans la capitale Ourgendj[8]. Le Sultan et ses généraux pensent que les troupes doivent tenir les places fortes et que les mongols se retireront après avoir pillés les campagnes. Ils ne veulent pas non plus affronter les mongols en rase campagne[9].

Le front du Syr-Darya

Fin 1219, Genghis khan et son armée franchissent le Syr-Darya dans la région d’Otrar. Il divise son armée en quatre parties principales. La première est sous les ordres de Djaghataï et Ogodaï, fils de Genghis, la deuxième est commandée par son fils ainé Djötchi, sur la droite du dispositif. La troisième, composée de seulement 5000 hommes, est sous les ordres de 3 généraux : Alac, Sougtou et Togäi. La quatrième, au centre, est directement placée sous les ordres de Gengis Khan. Les troupes de reconnaissance sont confiées aux généraux dont les dernières guerres ont révélé la valeur[10]. Compte tenu de la stratégie Khwarezm, le rapport de force est localement toujours en faveur des mongols. Djaghataï et Ogodaï assiègent Otrar tandis que Djötchi descend la rive gauche du Syr-Darya en direction de la mer d’Aral. Il s’empare de Sighnaq, près de la ville l’actuelle de Turkestan, puis de Djend, près de l’actuelle Kzyl-Orda (anciennement Pérovsk). Le troisième corps mongol remonte la vallée du fleuve et prend Benaket puis Khodjend.

La percée

Début 1220, seule la garnison d’Otrar tient sa position sur le Syr-Darya. Certains princes musulmans font défection et veulent passer à l’ennemi. Toutefois, après les avoir interrogés sur le dispositif ennemi, les Mongols les exécutent. Gengis khan et Tolui décident alors de marcher sur Boukhara avec le gros de l’armée, tout en maintenant le siège d’Otrar. Ils s’en emparent le 16 février 1220 et font massacrer la garnison turque. La population est exterminée, la ville est pillée et partiellement détruite[11].
Gengis Khan marche alors sur Samarkand, où il est rejoint par Djaghataï et Ogodaï qui ont pris Otrar après un âpre siège. Ils en profitent pour tuer, peu après, le gouverneur d’Otrar qui avait fait l’affront déclencheur de cette guerre. Ils lui coulèrent de l’argent dans les yeux et les oreilles pour venger les marchands de la caravane d’émissaires[12]. Gengis Khan, après avoir personnellement reconnu les fortifications ennemies, prend Samarkand le 17 mars 1220. Il fait exécuter la garnison turque. Les artisans sont déportés en Mongolie pour leur savoir-faire. La population fuit la ville et ceux qui restent sont massacrés. Sur 100.000 familles, il n’en reste plus que le quart un an plus tard. Contre l’avis de certains de ses généraux, Gengis Khan décide de ne pas ravager les cultures sédentaires de la région.
Djaghataï et Ogodaï assiégènt ensuite Ourgendj, la capitale du sultan, située à 150 kilomètres au nord-ouest de Khiva. Muhammad s’enfuie vers la Caspienne où il meurt dans une île fin 1220.

L’épilogue

Pendant ce temps, Toghoutchar, gendre de Gengis, assiège Herat. Il est relevé de son commandement pour désobéissance. Il effectue pourtant en octobre une reconnaissance au sud de l’Amou-Daria, échoue et meurt dans l’attaque de Nichapour. Les généraux de Gengis poursuivirent leur inexorable avancée. Qoum, Qazwin et la Géorgie tombent avant février 1221. L’Azerbaïdjan et l’Iran occidental sont ravagés et les populations exterminées. Merv est prise en février. 700.000 habitants de la ville et de la région auraient été massacrés. « Les hommes, les femmes et les enfants furent séparés, distribués par troupeaux aux différents bataillons et décapités » [13]. En avril, Nivhapour, Balkh et Ourgendj tombent aussi. Des pyramides de tètes jonchent l’Asie centrale et la terreur hante les steppes pour longtemps.
Après avoir semé l’effroi dans toute l’Asie centrale, Gengis khan regroupe ses troupes et écrase les Afghans en novembre 1221 sur l’Indus. Herat et les dernières forces Khwarezm tombent le 14 juin 1222. Toute la population est massacrée et les égorgements durent une semaine. L’empire Khwarezm est écrasé et dévasté. Toutefois, des combats se poursuivirent encore pendant quelques années entre mongols et « indigènes » qui ne plient pas et combattent dans les montagnes pendant encore de nombreuses années. L’histoire balbutie encore et toujours !

Le renseignement au cœur de l’art mongol de la guerre

Une expédition mongole était toujours remarquablement bien organisée, préparée et conduite. L’unité de commandement, les qualités d’organisation et la discipline mongole ont donné la victoire face à une armée Khwarezm dont l’honneur fut seulement sauvé par des actes individuels de bravoure.
La planification était assurée par le Couriltai, l’assemblée des princes de sang et des chefs militaires. Elle était étroitement liée au renseignement. Gengis Khan n’entrait jamais dans un pays sans être bien informé de son état intérieur. Il engageait les mécontents pour le renseigner. Il était ainsi informé de la stabilité politique, du moral et des mœurs ennemis. C’est bien un renseignement sur la globalité du système ennemi qui intéressait les Mongols et non la seule reconstitution d’un ordre de bataille ennemi et la connaissance de l’attitude des unités. Il suit le précepte de Sun Zu :« Connais ton ennemi ».
Plusieurs mois à l’avance, des reconnaissances dans la profondeur, souvent à plusieurs milliers de kilomètres, sont lancées pour chercher le renseignement d’ordre tactique et technique sur le terrain et les possibilités logistiques : champ de bataille possible, points d’eau, pâturages, passages difficiles, fleuves… Cette reconnaissance peut être appréhendée comme une aide à l’engagement.
Au début de l’engagement militaire, les mongols pénétraient en plusieurs points dans le pays à conquérir, éclairés et renseignés, très loin vers l’avant, dans la profondeur, pour connaitre la position de l’ennemi ou préciser le renseignement d’environnement. De fortes avant-gardes, des arrière-gardes et des flancs-gardes permettaient de renforcer la sureté des déplacements et également de se renseigner. Des éléments de couverture étaient systématiquement laissés face aux garnisons ennemies dépassées pour gagner des délais, afin de les observer et les contenir.
Les défections ennemies permettaient de disposer de renseignement fiable. Durant les campagnes, les Mongols massacraient les populations rurales mais conservaient des prisonniers pour effectuer les travaux durant les sièges et profiter de leur connaissance du pays. Les prisonniers ennemis sont alors organisés comme les unités mongoles, sous la direction d’officiers mongols.
Les Mongols investissaient les grandes villes par la ruse, leur maitrise de la poliorcétique comme l’utilisation du feu grégeois et du détournement des eaux de rivières. Grâce au renseignement et à l’utilisation de coursiers, les unités éparpillées sur le terrain se regroupaient pour concentrer leurs efforts à l’approche d’un ennemi. Le but de la manœuvre sur le champ de bataille était de disloquer l’ennemi et de le détruire par la ruse et la force[14]. Les mongols combattaient comme ils chassaient : observer, encercler et massacrer.
Par ailleurs, les peuples progressivement intégrés dans l’empire * ou ce qu’il en restait - sont soumis à une stricte surveillance, ce qui permet de limiter les risques d’insurrection dans les zones conquises[15]. Les artisans et les religieux étaient épargnés pour leurs connaissances et déportés en Mongolie. Cela révèle une volonté de centraliser des savoirs utiles – et stratégiques - dont les Mongols ne bénéficiaient pas originellement.
Les Mongols ont utilisé le renseignement avec une certaine finesse malgré une réputation de brutalité qui n’est pas usurpée. Ce domaine est au cœur de leur art de la guerre, exemple de planification de l’action et de conduite des opérations grâce au renseignement.


[1] Khârezm.
[2] FARALE Dominique. De Gengis khan à Qoubilaï Khan La grande chevauchée, Economica, Campagnes&stratégies, 2003, 211 pages. p96. La population mondiale de l’époque est estimée entre 350 et 450 millions d’habitants.
[3] GROUSSET René, l’empire des steppes. Bibliothèque historique Payot. 5ème édition. 2001. 656 pages. pp 298-299. GROUSSET René, Le conquérant du monde. Vie de Gengis Khan. Éditions Albin Michel, Paris, 1944, 388 pages. p 277.
[4] GROUSSET René, Le conquérant du monde. Vie de Gengis Khan. Éditions Albin Michel, Paris, 1944, 388 pages. p 267.
[5] OHSSON Constantin. Histoire des Mongols, depuis Tchinguiz-Khan jusqu'à Timour Bey ou Tamerlan. Amsterdam. 1852. 452 pages. pp 206-208.
[6] GROUSSET René, l’empire des steppes. Bibliothèque historique Payot. 5ème édition. 2001. 656 pages. pp 297-298.
[7] Elle aurait pu s’élever à 400.000 hommes selon certaines sources.
[8] GROUSSET René, Le conquérant du monde. Vie de Gengis Khan. Éditions Albin Michel, Paris, 1944, 388 pages. p278.
[9] OHSSON Constantin. Histoire des Mongols, depuis Tchinguiz-Khan jusqu'à Timour Bey ou Tamerlan. Amsterdam. 1852. 452 pages. p 215.
[10] GROUSSET René, Le conquérant du monde. Vie de Gengis Khan. Éditions Albin Michel, Paris, 1944, 388 pages. p278.
[11] FARALE Dominique, De Gengis khan à Qoubilaï Khan La grande chevauchée, Economica, Campagnes&stratégies, 2003, 211 pages. p99.
[12] OHSSON Constantin. Histoire des Mongols, depuis Tchinguiz-Khan jusqu'à Timour Bey ou Tamerlan. Amsterdam. 1852. 452 pages. pp 220-221.
[13] GROUSSET René, l’empire des steppes. Bibliothèque historique Payot. 5ème édition. 2001. 656 pages. pp 301.
[14] OHSSON Constantin. Histoire des Mongols, depuis Tchinguiz-Khan jusqu'à Timour Bey ou Tamerlan. Amsterdam. 1852. 452 pages. pp 395-402.
[15] BRU Alain, Histoire de la guerre à travers l’armement. http://www.stratisc.org/. 1996. Chapitre V.

dimanche 14 octobre 2012

L'ANSSI EN PREMIERE LIGNE DE LA STRATEGIE DE CYBERSECURITE FRANCAISE par ANAJ-IHEDN

Une conférence organisée par l'excellente ANAJ-IHEDN. Allez-y nombreux :

Le Comité Cyberdéfense de l’ANAJ-IHEDN lance son cycle de conférences 2012-2013.

Hacking, défiguration, hammeçonnage, DDoS, cybercriminalité, virus, SCADA, intrusion, cyberespace… tels seront les thèmes abordés.

Le Comité Cyberdéfense vous donne rendez-vous pour la première conférence intitulée :

L'ANSSI EN PREMIERE LIGNE DE LA STRATEGIE DE CYBERSECURITE FRANCAISE

AUTOUR DE PATRICK PAILLOUX
Directeur général de l'Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d'Information (ANSSI)

Jeudi 25 octobre 2012, de 19h30 à 21h00
Ecole militaire, Amphithéâtre Desvallières


PROGRAMME

Patrick Pailloux nous parlera au cours de cette présentation de la position de l’ANSSI dans le dispositif français, et de la prise de conscience de l’État. De plus, la stratégie de la France en terme de sécurité dans le cyberespace sera abordée.

L’Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI) 
est l’agence de l’État qui a autorité nationale en matière de sécurité des systèmes d’information. Elle assure un service de veille, de détection, d’alerte et de réaction aux attaques informatiques, notamment sur les réseaux de l’État. Sa création, en Juillet 2009 fut l’une des suites données à la publication du Livre Blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008.

INFORMATION ET INSCRIPTION SUR 
http://www.anaj-ihedn.org/lanssi-en-premiere-de-la-strategie-de-cybersecurite-francaise/

jeudi 11 octobre 2012

The rise of instrastate wars

Je signale un article qui n'a pas pris de rides ou si peu avec les conflits libyen, sahéliens et syriens. The rise of instrastate wars (Small wars journal) peut être complété par la lecture des autres articles des Guerres low cost (blog). Cette analyse prospective, certes parcellaire, présentait une réalité que peu voulaient voir il y a deux ans déjà : la réduction des moyens alloués aux défenses des pays occidentaux et des objectifs politiques visant à assurer uniquement l'indispensable au niveau stratégique.


dimanche 7 octobre 2012

Café stratégique avec Maya Kandel : Les conséquences stratégiques des élections américaines

Le 18ème Café stratégique (3ème année) recevra Maya Kandel, chargée d’études à l’Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire (IRSEM), le jeudi 11 octobre 2012, de 19 à 21h.
Venez écouter, débattre, questionner…

Café Le Concorde, 239 boulevard Saint-Germain, 75007 Paris métro Assemblée nationale

samedi 6 octobre 2012

La conquête du Mexique ou une victoire du renseignement ?


La colonisation européenne durant la période des grandes découvertes des XVème et XVIème siècles s’est appuyée sur la technologie mais surtout sur la capacité du conquérant à maitriser l’information et, en premier lieu, le renseignement. L’épopée de la conquête du Mexique par Hernan Cortés, face à des ennemis pugnaces et correctement renseignés, illustre parfaitement cela. [publié sur AGS]


Les débuts
En 1518, Cortés bénéficie des renseignements collectés sur les côtes mexicaines par Francisco Hernández de Córdoba (1517) et Juan de Grijalva (1518). Contre les ordres du gouverneur Diego Velasquez, le 18 novembre 1518, l'expédition Cortés quitte le port de Santiago de Cuba. Après un arrêt à la Trinité et dans d'autres îles pour se ravitailler et lever des troupes, le 10 février 1519 Cortés quitte précipitamment Cuba. Son expédition comporte 11 navires, 508 soldats -13 sont armés de mousquets et 32 d’arquebuses -, répartis dans 11 compagnies commandées par un capitaine, 109 marins et 200 Indiens et esclaves noirs comme auxiliaires de troupes. Elle emmène aussi 16 chevaux, 10 canons de bronze et 4 fauconneaux.
Le premier contact important avec les indiens a lieu sur l’île de Cozumel . Malgré leur hospitalité et fidèle à la devise de son expédition, il détruit les idoles indiennes et les remplace par une croix et une image de la Vierge. Ayant détecté la présence d’Espagnols parmi les indiens, il « délivre » Gerónimo de Aguilar, naufragé d’une expédition de 1511. Ce dernier a appris certaines langues et la culture locales en vivant avec les indiens. Cortes dispose alors d’un traducteur fiable et fidèle. Il part ensuite, le 4 mars 1519 pour le Yucatan et reconnait les côtes pour trouver l’emplacement d’une future colonie. A l'embouchure du Río Grijalva où il arrive le 12 mars, les espagnols rencontrent une tribu d'Indiens hostiles, Mayas-Chontales, qu’il estime à 12.000 guerriers. Pour se renseigner, il envoie deux détachements d’une centaine d’hommes pour reconnaître l’intérieur de terres. Rapidement, ils doivent engager le combat contre les Indiens. Des prisonniers sont capturés et interrogés. Cortés apprend alors que les Indiens prévoient une attaque le lendemain contre son poste de commandement et qu’ils pensent l’emporter facilement au regard du rapport de force. Il décide de prendre l’initiative et marche à la rencontre de ses ennemis. Le 14 mars 1519, lors de la bataille de Centla, les Espagnols réussissent à vaincre les Indiens car ces derniers ont peur des armes à feu et des chevaux . Ils capturent des prisonniers et parviennent à obtenir de l’or et du renseignement. Parmi les présents reçus des vaincus, se trouvent une vingtaine d’esclaves dont une dénommée Malinche dite Dona Marina, une fois baptisée. Ce fut l’interprète, l’espionne, la conseillère et l’amante de Cortés, sans laquelle il n’aurait rien conquis. Dès son arrivée, un des premiers soucis de Cortés est de se procurer des interprètes pour pouvoir communiquer avec les indigènes. Comme le résume l’essayiste, historien et chercheur français Todorov, « ce que Cortés veut d’abord, c’est non pas prendre, mais comprendre ; ce sont les signes qui l’intéressent en premier lieu, non leurs référents. Son expédition commence par une quête d’information, non d’or. La première action importante qu’il entreprend – et on ne saurait exagérer la signification de ce geste – est de chercher un interprète. » . Avant même d’accumuler des connaissances sur l’autre, il s’agit de le comprendre. En effet, sans interprète les conquérants sont perdus car ils ne connaissent pas la culture, ne peuvent acquérir des vivres ou tout simplement trouver leur chemin. « […] La traduction a toujours accompagné la violence de l’histoire, comme suite et complément de l’entreprise conquérante . »
Comme l’espagnol Gerónimo de Aguilar, la Malinche est un atout capital pour obtenir du renseignement en raison de son intelligence, de sa fidélité, de sa compréhension de la psychologie et des coutumes indiennes, ainsi que de sa connaissance des langues mayas et nahuatl .
Après avoir pris connaissance de l’existence de l’empire Aztèque , les espagnols suivent la cote en direction du nord-ouest. Ils arrivent à l’embouchure de l’Alvarado. Puis, le 18 avril 1519, jeudi saint, ils s’arrêtent à San juan de Ulua, le futur port de Veracruz, reconnu dès l’expédition Grijalva. Deux calipixques (capitaines) de l’empereur Moctezuma viennent les voir pour se renseigner. Monté à bord des vaisseaux et bien accueillis, ils offrent des cadeaux aux Espagnols et les prennent pour des demi-dieux . Le dimanche de pâques, le gouverneur de la région Teuthlille, avec une délégation, vient rencontrer Cortes. Aussitôt débarqués, ils partent rendre compte de leur mission à l’empereur Moctezuma, à Mexico-Tenochtitlan. Une peinture représentant les hommes, les chevaux et les armes lui est donnée par les messagers. L’empereur leur défend alors de parler à quiconque de ce qu’ils ont vu et entendu. Il envoie une invitation aux espagnols pour les attirer au cœur de l’empire. Une décision qui s’avérera une erreur fatale mais qui n’était pas dénuée de tout bon sens.
Moctezuma connait la valeur du renseignement. Mais, Cortés aussi ! Il envoie deux navires reconnaître d’autres ports potentiels et ordonne à un détachement commandé par Alvarado de reconnaître l’intérieur du pays. Il apprend alors par le souverain de Zempoala que le pays est divisé par des querelles intestines. Il est aussi informé de l’intention de Moctezuma de transformer ses hommes en esclaves . Cortés décide donc de s’appuyer sur les rancœurs la haine des ennemis des Mexica pour s’allier avec eux.


Vers l’intérieur des terres
Cortes transforme d’abord le campement espagnol en fort : il crée la ville de Villa Rica de Veracruz. Lors d’un nouveau déplacement à Zempoala, il obtient environ 2.000 hommes de troupes . Après avoir échoué ses navires à Vera Cruz pour éviter des désertions, l’expédition terrestre vers l’intérieur des terres démarre le 16 août 1519. Le 2 septembre 1519, à Tehuacacinco, il remporte une bataille contre les Tlaxcala, des ennemis des Mexica, grâce à sa supériorité technologique et à la peur que suscite le cheval, inconnu dans cette région. Après plusieurs combats, il rallie les Tlaxcala à sa cause et reçoit des combattants et des porteurs. Il obtient aussi des renseignements du général tlaxcala Xicotencal :
  • Moctezuma peut regrouper une armée d’environ 100.000 hommes sur un champ de bataille ;
  • Il possède des places fortes au sein de chaque ville ;
  • Chaque province doit lui fournir des tributs et des personnes pour être sacrifiées .
Arrivé plus tard à Cholula, cité sainte aztèque, les espagnols reçoivent un accueil majestueux. C’est une ruse. Les habitants prévoient d'éliminer les Espagnols pendant leur sommeil : un corps aztèque d’environ 20.000 hommes attend caché aux environs de la ville, des barricades et des fossés contre les chevaux sont aménagés et des pierres et des traits sont stockés sur les bâtiments. Ultime préparatif, sept personnes sont sacrifiées au dieu de la guerre. Tout est prêt !
Informé par un contact de la Malinche et des alliés indiens, Cortés fait arrêter quelques chefs Mexica. Il les fait interroger et le renseignement est confirmé. Il mène alors, avec ses alliés Tlaxcaltèques, une attaque préventive et massacre au moins 6.000 habitants passés par les armes ou brûlés vifs.
Déjà moins certain de sa force et sentant les rapports de force s’inverser, Moctezuma nie alors être impliqué dans la perfidie de Cholula. L’expédition Cortes reprend sa route vers Mexico-Tenochtitlan, éclairée par sa cavalerie, pour éviter toute nouvelle mauvaise surprise.
L’expédition espagnole entre dans la capitale aztèque le 8 novembre 1519. Après un accueil en grandes pompes , elle s’installe dans Mexico-Tenochtitlan mais rapidement, Cortes commence à craindre que les Mexica ne cherchent à les éliminer comme ils l’avaient prévu à Cholula. De plus, Cortes apprend que des chefs Mexica ont tenté de prendre d'assaut Veracruz et ont tué le gouverneur Juan de Escalante. Il devient évident que les indigènes ne prennent plus, depuis lors, les espagnols pour des demi-dieux. Pour éviter une révolte populaire dans Mexico, les Mexica qui ont attaqué Vera Cruz sont sévèrement punis. Cortés décide de faire prisonnier Moctezuma. C’est le commencement de la fin pour l’empire aztèque. Ne négligeant pas un des objectifs de l’opération, il envoie des reconnaissances pour détecter l’emplacement de zones aurifères .


Le temps des revers
Une expédition menée par Panfilo de Narvaez[1], ayant pour mission de punir Cortés, arrive sur les cotes mexicaines. Cortés prend connaissance de cette information trois jours après Moctezuma. Bien que prisonnier, l’empereur a été renseigné par une peinture lui fut transmise par ses hommes. Il cherche à négocier et à se renseigner. Il obtient, grâce à un contact dans le poste de commandement de Narvaez, des renseignements quotidiens sur les intentions de son adversaire[2]. Il laisse à Mexico une garnison d’environ cent cinquante hommes sous le commandement d’Alvarado et part combattre ses compatriotes. Il bat Narvaez qui avait négligé le renseignement de sûreté. Ce dernier n’avait mis en place que deux sentinelles et n’a pas cru le compte rendu de celle qui avait pu s’échapper de l’attaque des partisans de Cortes[3] ! Victorieux, il incorpore une partie du détachement de Naervez dans son expédition. Encore une fois, il transforme une défaite potentielle en victoire et augmente ses forces.
Pendant ce temps, Alvarado profite d'une fête aztèque pour s’attaquer à une partie de la population en la spoliant et en la passant par le fil de l’épée. Elle se rebelle contre les Espagnols qui se refugient dans le palais impérial. Le 24 juin 1520, après quelques combats, l'armée de Cortés revient dans la ville, dans une ambiance pesante. Rapidement, il doit faire face aux armées Mexica qui convergent vers la capitale pour détruire son expédition et libérer l’empereur. Pris au piège, il tente de faire calmer le peuple par Moctezuma mais ce dernier reçoit reproches, flèches et pierres. Ce dernier en décède peu de temps après[4]. Coupé de la population, les actions psychologiques de Cortés ne semblent plus efficaces.
Les espagnols doivent faire face à un conflit « sanglant et terrifiant » aux dires de Bernal Diaz del Castillo. Utilisant la superstition desMexica pour le combat de nuit, Cortes décide une sortie les armes à la main, le 1er juillet 1520, appelée la Noche Triste. Le combat est sans merci[5]. Les Espagnols, lourdement chargés perdent des centaines d’hommes, près de 2.000 alliés, la majorité des chevaux, la totalité de l’artillerie et une grande partie du trésor accumulé. Miraculeusement, l’expédition arrive à s’extraire de la capitale aztèque. Affaibli et en zone hostile, considérant que le renseignement est vital, Cortes utilise toujours la moitié des restes sa cavalerie pour éclairer sa progression[6].
Le 7 juillet 1520[7], lors de la bataille d'Otumba, les Mexica sont battus et contraints à la fuite par les restes d'une expédition Cortés, à bout de forces et avec un rapport de force extrêmement défavorable. La victoire est due à sa compréhension des rites de guerreMexica. En s’emparant du grand étendard et en tuant le général Cihacac, les espagnols rompent les rangs d’un ennemi « terrorisé » et paniqué par cette action. Sur 200.000 Mexica, 20.000 restèrent sur le champ de bataille[8] et le reste s’enfuie dans les montagnes[9]. La guerre n’est pas qu’une affaire de rapport de force mais aussi de renseignement et de volonté.
La victoire
Par la suite, Cortés reconstitue ses forces grâce au soutien des Tlaxcaltèques. Contesté dans ses rangs mais toujours bien renseigné, Cortés déjoue un complot. Par grandeur et adresse, il fait pendre seulement le chef des rebelles, en annonçant qu’il n’avait pas parlé sous la torture et qu’il ne connait pas ses complices.
Peu après, il renforce son armée des canons de Vera Cruz et de renforts en provenance d’Hispaniola. Il prépare le siège de la capitale en 1521, mène des attaques périphériques et construit une flottille de brigantins[10] sur le lac Texcoco. Malgré tous les efforts desMexica pour les brûler, il met sa flottille à l’eau le 28 avril 1521. L’armée espagnole comporte, à ce moment, 818 fantassins, 86 cavaliers, trois canons de siège et quinze pièces de campagne. Renforcé de 25.000 alliés indiens, Cortés mène une attaque combinée, lacustre et terrestre, contre la ville de Mexico-Tenochtitlan[11]. Les bases de départ de l’attaque sont les digues de Tepejacac, de Tlacopan, d’Iztalapan et le lac. Plusieurs jours d’âpres combats sur les digues ne permettent pas de rompre le front des Mexica. Renforcé de nombreuses tribus hostiles aux Mexica, Cortés dispose à la mi juillet 1521 d’une armée indienne de 150.000 hommes. Le 27 juillet, les trois divisions hispano-indiennes arrivent à la grande place de Mexico-Tenochtitlan. Les principales familles de dignitaires, voyant que les trois quarts de la capitale sont occupés, proposent à l’empereur Cuauhtémoc de poursuivre le combat en province. Par ruse, il ouvre de faux pourparlers de paix et décide de s’enfuir. Le départ en bateau de la ville est détecté par les brigantins ce qui lui ôte tout espoir de sortie[12].
Cet âpre siège, long de 75 jours, fait plusieurs dizaines de milliers de morts parmi les 200.000 habitants présents au moment de l’attaque. Cuauhtémoc, le dernier empereur, se rend à Cortes le 13 août 1521. La capitale est soumise au pillage et au cannibalisme des alliés indiens. L’empire tombe définitivement.
Le renseignement guide l’action de Cortes
Les premières expéditions coloniales du XVIème siècle avaient un but de renseignement et de découverte. Elles ont ouvert la voie à la conquête et à l’exploitation commerciale des territoires découverts. L’expédition menée par Cortés n’y déroge pas et a pu réussir grâce aux connaissances acquises lors de précédentes expéditions.
La compréhension de la culture et des rapports de force locaux a permis à Cortés de s’emparer de l’empire aztèque avec des effectifs espagnols qui auraient été ridiculement faibles sur un champ de bataille européen du début du XVIème siècle[13]. Aucune victoire n’eut été possible sans alliance, surtout avec un camp Espagnol divisé. Il a eu l’intelligence de se servir de l’insurrection des Tlaxcaltèques contre les Aztèques.
En l’absence de cartographie, le renseignement humain a été prépondérant pour l’action de Cortés que ce soit grâce aux hommes ayant participé à l’expédition Grijalva, aux interrogations de prisonniers, à l’entretien de contacts indigènes et à des hommes fidèles dans ses rangs. Les armées et le renseignement des populations opposées aux Mexica ont été judicieusement utilisés par Cortés.
L’environnement n’était pas propice à des reconnaissances par les forces espagnoles mais la sûreté fut rarement négligée grâce à l’éclairage par la cavalerie.
Les Mexica disposaient de la puissance et d’un réseau de renseignement conséquent. La dimension divine (Quetzalcóatl) attribuée à Cortés, dans l’imaginaire européen, semble plus le résultat, au moins initialement, des croyances du peuple que de celles l’empereur. En effet, il est parfaitement informé des expéditions espagnoles des années précédentes, des déplacements de Cortés, de ses forces mais aussi de ses faiblesses. Il a négligé, sans doute par mépris, l’appui des forces locales tlaxcaltèques à l’expédition espagnole.
Cortés a indéniablement gagné la bataille de l’information. Il a parfaitement appliqué, sans en avoir connaissance, les préceptes de Sun Zu sur l’espionnage : « Seul un souverain avisé et un habile général sont capables de recruter leurs espions chez des hommes à l’intelligence supérieure, de sorte qu’ils accomplissent des exploits, tant il est vrai que leur rôle est essentiel et que sur eux reposent les mouvements d’une armée. [14]». Encore une fois, il est possible de conclure, à partir de cette campagne, que le renseignement guide l’action.




[1] BERNAL DÍAZ del CASTILLO, L'Histoire véridique de la Conquête de la Nouvelle Espagne, Chapitre CII. Chapitre CX.
[2] BERNAL DÍAZ del CASTILLO, L'Histoire véridique de la Conquête de la Nouvelle Espagne, Chapitre CXIV.
[3] MONGLAVE Eugene, Résumé de l’histoire du Mexique, LECOINTE et DUREY, 1826, p. 108.
[4] BERNAL DÍAZ del CASTILLO, L'Histoire véridique de la Conquête de la Nouvelle Espagne, Chapitre CXXVI.
[5] MONGLAVE Eugene, Résumé de l’histoire du Mexique, LECOINTE et DUREY, 1826, p. 115-117. En réalité et selon d’autres auteurs, l’armée aztèque aurait été 5 fois moins nombreuse.
[6] BERNAL DÍAZ del CASTILLO, L'Histoire véridique de la Conquête de la Nouvelle Espagne, Chapitre CXXVIII.
[7] Le 14 juillet selon Bernal diaz del Castillo et le 7 juillet selon d’autres auteurs comme MONGLAVE.
[8] L’effectif et les pertes Mexica auraient été 5 fois moins importants selon certains auteurs.
[9] MONGLAVE Eugene, Résumé de l’histoire du Mexique, LECOINTE et DUREY, 1826, p. 118-119.
[10] Petit bâtiment à un ou deux mâts, gréé comme un brick, et qui n’a qu’un pont. Certains allaient à voiles et à rames.
[11] FERNANDO de ALVA IXTLILXÓCHITL, Cruautés horribles des conquérants du Mexique, et des Indiens qui les aidèrent à les soumettre à la couronne d’Espagne, 1829, 312 pages, p20.
[12] MONGLAVE Eugene, Résumé de l’histoire du Mexique, LECOINTE et DUREY, 1826, p. 124-130.
[13] Environ 60 000 Français et 25000 Suisses à la bataille de Marignan (1515).
[14] SUN ZU. L’art de la guerre, traduit du chinois et présenté par Jean Lévi. Pluriel. 2001. 328 pages.

Autres références :
- FERNANDO de ALVA IXTLILXÓCHITL, Cruautés horribles des conquérants du Mexique, et des Indiens qui les aidèrent à les soumettre à la couronne d’Espagne, 1829, 312 pages
- FUENTES Carlos, Los hijos del conquistador, Gallimard, Folio bilingue, 2001
- SCHMIT Christine,  Le rôle de la traduction et de l’interprétation dans la conquête et la colonisation du Mexique, Université de Genève, 2004.
- TODOROV Tzvetan, La conquête de l’Amérique, La question de l’autre, Éditions du Seuil, Paris, 1982 in SCHMIT Christine,  Le rôle de la traduction et de l’interprétation dans la conquête et la colonisation du Mexique, Université de Genève, 2004.
- VAL JULIAN, Carmen, Traduire au Nouveau Monde : pratiques de la traduction en Nouvelle-Espagne au XVIe siècle, in : COURCELLES, Dominique de, Traduire et adapter à la Renaissance. Actes de la journée d’étude organisée par l’École nationale des chartes et le Centre de recherche sur l’Espagne des XVIe et XVIIe siècles (Paris, 11 avril 1996), École des chartes, Paris, 1998.