samedi 9 avril 2011

Stratégie militaire soviétique (I)

L’entrée dans le premier chapitre m’a demandé de me « recabler » sur une rhétorique bien lointaine, issue d’un monde disparu et pas du tout regretté, mais qui finalement revient assez vite dès les quelques premières pages qui vous sont présentées.  

Tout d’abord, l’auteur considère que la stratégie est une lente construction, issue de l’observation des guerres.  A partir de cela, les différents peuples ont développé des principes et des lois. Il décrit succinctement l’évolution des ouvrages stratégiques. Il souligne l’importance de l’apparition des sciences sociales, notamment sous l’impulsion de Marx et d’Engels. Sans surprise, il oppose l’école stratégique bourgeoise et impérialiste à l’école soviétique. La première ne reconnaît à l’époque que la stratégie et la tactique (le débat bien que masqué par l'émergence de l’interarmées ressort toujours parfois) et la seconde ajoute l’art opérationnel depuis le début du 20ème siècle. 
« La stratégie constitue occupe la première place dans l’art militaire ». 
Sa théorie a pour objet l’emploi des forces et des moyens militaires d’un pays, ce qui peut paraître étroit. Néanmoins, la stratégie moderne, selon l’auteur, ne peut pas être séparée des facteurs économiques, politiques, scientifiques et techniques. Interdépendante avec l’art opérationnel et la tactique, elle fixe le but des opérations et les moyens à consentir. 

La stratégie comprend (ces thèmes sont développés dans le premier chapitre) :
  • Les lois qui régissent les conflits armés 
  • Les facteurs et la nature de la guerre future
  • La préparation du pays et la planification
  • Les bases de la défense civile
  • Les méthodes de conduite des conflits armés
  • La logistique
  • Le commandement
  • Les attitudes stratégiques des adversaires probables (renseignement)

La condition de la victoire (universelle) donnée pourrait paraître datée et désuète mais il me semble qu’elle est toujours d’une certaine actualité :
  • La guerre est un test universel des ressources matérielles et spirituelles d’un pays, selon Lénine qui rejoint en cela Clausewitz avec l’importance des ressources et des forces morales
  • Les guerres sont gagnées par ceux qui disposent : du plus de ressources, de forces et du soutien des masses (opinion publique aujourd’hui si l’on fait un parallèle)
  • La victoire est due à l’état d’esprit des masses ayant versé leur sang sur le champ de bataille

Tout ceci nous amène à une définition de la stratégie par Sokolovsky :
« Ensemble de connaissances scientifiques traitant des lois de la guerre au nom d’intérêts de classes déterminées »

Cette définition, comme le reste du texte, refuse de prendre en compte le génie d’un individu amené à conduire une armée. La guerre n’est pas un art individuel mais une science collective. Les lois stratégiques sont ainsi présentées comme universelles et scientifiques (acception large) mais devant être contextualisées selon le modèle politique défendu. Ce point semble tout à fait intéressant pour décrire l’affrontement entre deux pays de régimes politiques différents (démocratie, théocratie, autocratie, etc.). Cette contextualisation pourrait expliquer une partie des décalages stratégiques entre adversaires que l’on attribue souvent à l’asymétrie. Les démocraties ne se faisant pas ou rarement la guerre entre elles, les régimes adverses sont dans des logiques stratégiques souvent différentes, tout en suivant des principes de la guerre similaires. 
La stratégie en tant que compromis entre les fins, les voies et les moyens, devrait donc prendre en compte le paramètre du contexte politique qui, dans cette vision soviétique est liée aux masses.  

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