vendredi 15 août 2014

Aujourd’hui la paix, demain la guerre : L’armée nouvelle de Jean Jaurès

L’aveuglement est souvent grand dans les populations en matière stratégique. Les politiques, les militaires, les chercheurs et autres savants (sachems) de la guerre n’y échappent malheureusement pas toujours, eux aussi. L’ouvrage de Jean Jaures sur L’armée nouvelle est en ce sens visionnaire et traduit la fin d’une époque. Sa grande particularité est d’être paru en 1911, seulement 3 ans avant l’assassinat de l’auteur et le début de la grande guerre, et quand on lit les premiers chapitres, on pourrait même se demander s’il n’avait pas été écrit après, au regard de sa pertinence. 



La Défense est fondamentale pour la mise en place du socialisme de Jaurès. Le livre commence clairement « C’est par les questions relatives à la défense nationale et à la paix internationale que j’aborde l’exposé du plan d’organisation socialiste de la France que je veux soumettre au Parlement en formules législatives. Il y a urgence et pour le socialisme et pour la nation, à définir ce que doivent être, dans la pensée socialiste, l’institution militaire et la politique extérieure de la France républicaine ».

lundi 11 août 2014

Réflexions sur d'anciens comptoirs au soleil ?

Les voyages permettent de vivre ce que les livres peinent à rendre compte. En visitant deux sites que l'on peut qualifier de "paradisiaques", au moins pour quelques heures, on peut en tirer quelques conclusions sur les empires passés, et finalement peut-être sur notre monde. Le premier site est celui de Tulum au Yucatan (Mexique) et le second est celui de Claudio Bolonia, en Espagne. 

Temple du Dieu Vent
Temple des fresques


Tout d'abord ces quelques photos – dans lesquelles on ne voit plus guère les points de défense de l’époque - vous montrent que l'on peut installer des comptoirs stratégiques dans des zones agréables à regarder. Les planificateurs contemporains seraient inspirés de ne pas l'oublier.

lundi 28 juillet 2014

Dossier été 14 ER : le sacrifice des Normaliens par Cyberland

Il s'agit de la seconde contribution de Cyberland au dossier EchoRadar « Été 1914, un autre monde ? ». « Des Grandes Écoles à la Grande Guerre – Le sacrifice des Normaliens » est la suite du premier article « Des Grandes Écoles à la Grande Guerre – Polytechniciens sous la mitraille » de Thierry Berthier 

La proportion d'officiers tués pendant la première guerre mondiale dépasse celle des soldats de la troupe. Dans l'infanterie, là où l'on meurt le plus, un officier sur trois est tué au combat quand un homme de troupe sur quatre y perd la vie et moins de un sur dix dans toutes les autres armes...

jeudi 24 juillet 2014

Eté 14 : une Entente qui écoute le monde ? Dossier ER

Au début de l’été 14, un dispositif d’écoute à grande échelle est en place au sein des dispositifs sécuritaires des grandes puissances. Deux types d’écoutes sont mis en place : sur les communications filaires, principalement les câbles sous-marins, et sur les communications radioélectriques internationales. L’interconnexion croissante des pays, des médias et des opinions a changé la donne en termes de relations diplomatiques. Tout va plus vite  mais tous les esprits n’y sont pas préparés. Les ultimatums de l’été ont largement utilisé les envois de messages par des moyens de transmissions rapides et longue distance que les chancelleries ne maitrisent pas encore complètement à ce rythme inédit. On peut estimer que la machine s’emballe. L’enchaînement rapide des entrées dans le conflit, en raison des alliances, s’avère autant dû à une volonté d’en découdre, qu’à une diplomatie dépassée par la vitesse et la nature des télécommunications et des médias de son temps. Dans ce monde mondialisé et interconnecté, les écoutes ont joué un rôle tactique et stratégique que ce billet ne fait qu’évoquer.
 
Une Grande Bretagne performante

Les services du chiffre et stratégiques britanniques s’illustrent dès le début de la guerre : la célèbre Room 40 OB (Room 40 Old building), service de l’Amirauté, permet de déchiffrer les messages allemands. En début de guerre, le renseignement est principalement obtenu grâce à la cryptanalyse et à la capture de documents sur des navires. Il s’agit par exemple de la capture sur le croiseur allemand Magdeburg, coulé le 26 août 1914 par les Russes, du livre de code Signalbuch der Kaiserlich Marine (SKM), du code courant, du livre de bord et de la grille de coordonnées pour la Baltique. La capture, sur le Hobart par la Royal Australian Navy, le 11 octobre 1914, du code Handelsschiffsverkehrsbuch (HVB) et du code de la marine marchande du Reich constitue une autre illustration. Le dispositif s’appuie aussi sur le service du Chiffre de l’armée qui envoie un détachement (MI 1 (b) Signal intelligence branch) en France dès septembre 14, sous le commandement du commandant B.W. Bowdler. La Grande Bretagne bénéficie de points d’écoute dans les principaux nœuds de communication de l’Empire, sur tous les continents. Ceci est la conséquence de la supériorité britannique dans les télécommunications, de sa puissance militaire conventionnelle et d’une politique alliant depuis au moins une quinzaine d’années les impératifs économiques et de sécurité.

Une France innovante

La France s’appuie sur de nombreux services d’écoute et d’interception dont l’efficacité repose sur quelques individualités. Ils dépendent de la Guerre, de la Marine, des Postes et télécommunications, des Colonies, de l’Intérieur et des Affaires étrangères. Le dispositif est mondial et multisupports mais offre le désavantage d’être fragmenté et de mettre en concurrence les services. Pendant la guerre, 5 services du chiffre seront alignés en France, sachant que certains services d’écoute n’avaient pas besoin de service du chiffre en propre. Les services du bureau du Chiffre de l’armée obtiennent également des résultats notables sur les forces terrestres allemandes dès le début de la guerre. Peu après, sur le front de l'Ouest, des interceptions effectuées par le réseau d'écoute de la Tour Eiffel et des forts de l'Est, permettent de compléter les observations aériennes et de lancer la contre-offensive du 5 septembre 1914. Les écoutes se développent ensuite au niveau tactique dans toutes les armées françaises à des niveaux certes différents de performance. La France aide l’année suivante la Russie dans le domaine des écoutes qu’elle a peu investi. Les efforts de développement de cette capacité sombreront dans les révolutions russes de 1917.

mercredi 23 juillet 2014

Dossier ER été 14 : Deux combats navals par Le Fauteuil de Colbert

Paru en 1925, Deux combats navals nous offre un regard de l'époque. Les renseignements qui permettent de reconstituer les combats proviennent certainement du travail des attachés navals français, des services de renseignement, de la presse et d'autres sources. Ensemble de travaux qui a une importance considérable. Point de vue d'autant plus intéressant qu'il relate une époque magnifique : les sous-marins comme les avions ne sont encore que des curiosités, le combat en ligne est roi (et c'est lui qui justifie les grades des amiraux) et il s'agit uniquement de bataille navale. Un décor magnifique pour des combats au canon, La chapelle reine des marines.

dimanche 20 juillet 2014

Dossier ER été 14 par Cyberland : Polytechniciens sous la mitraille

Cet article est la première contribution deThierry Berthier au dossier EchoRadar "Eté 1914, un autre monde ?". "Des grandes Ecoles à la Grande Guerre - Polytechniciens sous la mitraille" sera suivi d'une seconde partie intitulée "Des grandes Ecoles à la Grande Guerre - Le sacrifice Normalien".

1 - Le sacrifice de Younes Résal 
55 ème d'Artillerie, 5 août 1914, le sous-lieutenant Younes Résal à sa mère, Julie « Ainsi, voilà donc la guerre déclarée, tout est déclenché ! Pour ma part sois sans inquiétude jusqu'à nouvel ordre, car je ne verrai pas de casques à pointe, à mon grand regret, avant quelques jours. Je suis à la 22ème batterie de renforcement du 55ème d’Artillerie : nous sommes donc faits pour remplacer ceux qui nous précèdent, ou dans le cas où le territoire serait envahi. Puissions-nous être à l’abri d’une pareille chose ! Puissions-nous quand même faire du bon ouvrage !

vendredi 18 juillet 2014

Dossier ER été 14 sur EGEA : y a-t-il des leçons stratégiques à la guerre de 1914-1918 ?

Y a-t-il des leçons stratégiques à la guerre de 1914-1918 ? Une telle question est bien sûr très provocatrice. Nous avons tous lu les « enseignements » de ce conflit, la dispute entre offensive et défensive entre les deux guerres, la question du couple char-aviation, la percée de Guderian, conceptuelle avant d’être ardennaise… Mais en fait, tout ceci nous l’avons lu parce que nous savions que la Première guerre mondiale était Première, donc qu’il y en avait une Seconde. Nous avons tous observé la Première à la lumière de la Seconde. Ici, ce qui m’intéresse, ce sont les leçons stratégiques que l’on pourrait tirer du conflit sans savoir la suite. Des leçons qu’on pourrait tirer aujourd’hui. LIRE la suite.

mercredi 16 juillet 2014

Dossier été 14 EchoRadar : billet de Si Vis Pacem sur la Guerre sous-marine

1914-1918 : du sous-marin à la détection sous-marine, une guerre d’innovations

La 1ère Guerre mondiale reste, dans l’inconscient collectif, marquée par de terribles combats d’infanterie et d’artillerie. Ce conflit, considéré comme le premier conflit moderne de l’ère industrielle, possède, entre autres, la caractéristique de se produire simultanément sur terre, en mer et dans les airs. A l’émergence de l’aviation, dont l’emploi deviendra stratégique trois décennies plus tard, répondirent de nombreux affrontements maritimes. Essentiellement en surface mais, fait totalement nouveau, également sous la surface grâce à l’emploi d’une nouvelle arme : les sous-marins.

Si le rôle des sous-marins fut modeste voire frustrant du côté français, l’approvisionnement en matières premières et l’acheminement de troupes, notamment américaines à partir d’avril 1917, vont devenir plus compliquées à réaliser. Notamment du fait de l’utilisation novatrice et finalement massive des sous-marins par l’Allemagne. La mise au point de l’ASDIC, l’ancêtre du sonar, vers la fin de la guerre permettra cependant de répondre à une innovation par une autre innovation. La détection sous-marine venait alors de voir le jour et sa généralisation jouera un rôle crucial lors du conflit mondial suivant. Lire la suite sur Si Vis Pacem.